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PHOTO PROVENCE les lieux et leur protection

Balcons du Mercantour, une folie ?


Nuages sur la nature en Mercantour… Clic/agrandir

Cette fin d'été, des chenillettes ont été montées par hélicoptère en plein cœur du Parc national du Mercantour, à Rabuons. Les premiers observateurs sur place ont découvert que l'engin servait à tracer un sentier de deux mètres de large. Trop de roche et la chenillette ne passe pas ? Pas grave, quelques explosifs feront l'affaire. À d'autres endroits, ce fut le trafic incessant des hélicoptères pour restaurer des refuges.

C'est alors que tout le monde a découvert l'impensable : un projet de chemin de randonnée accessible aux familles, avec hébergements de qualité, serait tracé entre le Camp des Fourches (au nord, sous le col de la Bonette) et le col de Turini (à 40 km de Nice). Le tracé irait au plus court, sans tenir compte d'un tracé existant qui passe par l'Italie et ne nécessite pas de construction de nouveaux refuges. Car, pour ce tracé ex nihilo, et afin de garantir des étapes courtes (400 m de dénivellé par jour), 4 à 6 nouveaux refuges sont nécessaires.

En lui-même, le projet pourrait être intéressant s'il se déroulait dans le respect et la concertation, et de manière intelligente. Pour l'instant, on en est loin.

Un tel projet soulève des tonnes de questions. Quid des autorisations ? Il semble ne pas y en avoir trace. A-t-il fallu la nomination à l'étranger du précédent directeur du Parc (en juillet) ? Pourquoi un nouveau tracé ? Comment est-il possible de faire des travaux dans un Parc national sans étude d'impact ? Quel est le danger pour la faune et la flore, et aussi les sols ? Améliorer le confort des refuges, d'accord, mais jusqu'où et pour faire venir quel type de public ? Quelles seront les réelles retombées économiques à terme et, comme elles semblent devoir être faibles, question corollaire : quelles sont les véritables intentions du Conseil général, en la personne de Christian Estrosi, ami de Nicolas Sarkozy, et apparemment comme lui adepte du passage en force ? Enfin, y a-t-il un rapport avec la candidature de Nice aux jeux olympiques, avec à la clé une volonté de transformer la région en Luna Park ?

La mobilisation n'a pas tardé à venir : émoi sur les forums, forum spécialisé, pétition (3000 signatures début octobre), manifestation à Rabuons (une centaine de personnes, mais fin septembre et 1300 m de dénivellé). Lentement et mollement, divers acteurs de la montagne se sont prononcés contre le projet, y compris des associations plus ou moins intéressées comme le CAF. Devant la levée de boucliers, Monsieur Estrosi a accepté le principe d'une négociation de six mois.

Victoire ? Bof… Les travaux se sont arrêtés non à cause de la mobilisation mais de la neige. Les 6 mois prévus correspondent de toute façon à la trêve hivernale (on est à 2500 m d'altitude). Le président de la commission n'est autre que Monsieur Franco, maire de Saint Martin Vésubie, fervent partisan du projet… Cette commission ne se réunira qu'une fois par mois !

Il est peu probable que cette commission, centrée sur le projet, dévoile ses éventuels à-côté. Pourtant, lorsqu'on connaît la montagne et les lieux, on est dubitatif sur l'intérêt du projet brut. 12 jours de montagne, c'est long, nul doute que divers accès plus courts seront proposés, des bruits de construction de téléphérique ne sont pas rassurants. Le projet est supposé être l'égal du Tour du Mont-Blanc, ce qui pose donc question quant à la surfréquentation de lieux actuellement quasi déserts. Les refuges de 50 places suffiront-ils ? Et s'ils offrent des chambres, on imagine la taille du bâtiment !

En attendant, des dégâts ont déjà été constatés malgré le peu d'ampleur des travaux préparatoires comparé au tracé total. Outre la destruction de 4 espèces végétales protégées (Saxifraga florulenta, Joubarbe d’alionii, Primula marginata, Cardamine asarifolia), un garde du Parc estime que c’est un massacre : talus de plus d’un mètre qui vont tomber aux prochaines intempéries, aucun revers d’eau sur les zones de pente, murs de soutènement fragiles, profil de sentier à fortes inclinaisons. Autrement dit, le ravinement assuré parachèvera l'œuvre de destruction des espèces rares et endémiques.

Les procès-verbaux établis par les gardes du Parc et l'ONF ont été transmis à la justice.

Merci pour vos commentaires

Lire aussi mon article plus général (photos des travaux) :
> Balcons du Mercantour : à quoi sert un Parc National ?

> Pétition à signer

> Galerie Balcons du Mercantour (36 photos)

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