Romandie.com
 
Créer un blog | Noter ce blog | Signaler un abus
 
| Autre blog ? >>  

PHOTO PROVENCE les lieux et leur protection

[Nature] La Corse, mauvais présage pour le Mercantour ?


Vous avez certainement suivi cet été les « mésaventures » de Jacques Séguéla en Corse. Finalement, le tribunal administratif a annulé son permis de construire à Cala Longa, site classé près de Bonifacio (et par la même occasion cinq autres permis).

On peut s'étonner qu'annuler un permis de construire dans un site classé fasse tant d'histoires. N'est-ce pas le but du classement d'un site que de limiter les appétits fonciers ? D'autant plus lorsqu'il s'agit d'un site protégé par ailleurs par la loi sur la défense du littoral.

Il semble que tous ceux qui se sont opposés au projet aient été mutés, et notamment un directeur de la DDE. Le nouveau maire de Bonifacio, PS, ajoute : « Ce n'est un secret pour personne que les hauts fonctionnaires qui refusaient de cautionner cette politique ont été écartés ». Enfin, le préfet en fonction à l'époque des faits n'est autre que Michel Delpuech, ex préfet des Hauts de Seine, un ami de Sarkosy (aujourd'hui directeur du cabinet de Madame la ministre de l'Intérieur).

Le cas de Bonifacio pose un double problème juridique :

• comment a-t-on pu violer une loi aussi facilement ? Certes, le projet est aujourd'hui annulé, mais les voies d'accès et les travaux de terrassement ont été plus qu'entamés, défigurant le site pour de nombreuses années (voire définitivement, car qui va payer la note de remise en état ? Remise en état de toute façon pas prévue).

• L'ensemble du plan d'urbanisme de Bonifacio étant susceptible d'être remis en cause, que se passera-t-il si les propriétaires qui se retrouvent posséder un terrain inconstructible se retournent contre la mairie ? Qui paiera si ce n'est le contribuable local, déjà relégué au rang de mal-logé par la flambée des prix due à ces riches propriétaires ?

On notera que les riches propriétaires ne sont pas des inconnus, notamment Jacques Séguéla, évidemment. Et, comme Christian Clavier, c'est un ami du Président. Sans l'association ABCDE qui a attaqué les permis de construire et poursuivi jusque devant le conseil d'état, les villas se seraient probablement construites.

Quel rapport avec le Mercantour, me direz-vous ?

Eh bien comme pour la villa de Jacques Séguéla en Corse,  le projet des Balcons du Mercantour concerne une zone protégée, un cœur de Parc National, excusez du peu ; aucune autorisation n'a été donnée ni même demandée ; le directeur du Parc a été nommé à d'autres fonctions (à l'étranger, même) ; le porteur du projet, Christian Estrosi, est un intime du Président.

Désormais, le décor est planté. Faudra-t-il aller jusqu'au Conseil d'état pour annuler les Balcons du Mercantour, ou au moins les faire dans les règles ?

Merci pour vos commentaires

> ACCUEIL

> Balcons du Mercantour, une folie ?


[Nature] Où en est la biodiversité dans les Alpes du Sud ?


La biodiversité dépend beaucoup de l'hygrométrie. Les zones proches de l'Italie sont de ce point de vue privilégiées. Même par grand beau temps comme ici, la nebbia recouvre l'Italie et peut déborder sur le Queyras. Viso depuis le col Agnel. Clic/agrandir

La région Provence Alpes Côte d'Azur, ce sont également les Alpes du sud. Un sacré territoire si l'on y songe, immense et très typé. Les Alpes du sud sont appréciées à juste titre pour leur côté sauvage et peu aménagé, surtout en comparaison avec les Alpes du Nord. Ici, peu de stations, peu de refuges et presque pas de buvettes d'altitude. Même les villages sont plus petits et plus disséminés.

La nature est-elle préservée pour autant ? Hélas non, si on se place du point de vue de la biodiversité (sauf près de l'Italie). Les étendues peu habitées ne suffisent pas à faire un territoire riche. Bien d'autres facteurs entrent en jeu. Il suffit de passer la frontière pour découvrir que la faune et la flore en Italie, c'est vraiment autre chose. Quelles en sont les raisons ?

La raison la plus globale est climatique : les Alpes du Sud sont dans l'ensemble sèches, même si c'est nettement moins vrai pour une partie des Écrins, pour le Mercantour et… pour les régions frontalières. En Italie, la nebbia, ce brouillard dense qui monte presque tous les après-midis, assure une humidité importante et fréquente. C'est ce qui explique la luxuriance de la végétation, luxuriance qu'on retrouve presque partout en Italie (contrairement aux idées reçues ce pays est plutôt humide dans l'ensemble).


Une bonne part des Alpes du Sud est sèche, voire très sèche quand climat et géologie se conjuguent. Lac de Chillol, Ubaye. Clic/agrandir

Une autre raison qui concerne de grandes étendues est géologique. Pour simplifier, on reconnaît dans les Alpes du Sud quatre types géologiques :
• les massifs cristallins (Écrins et Mercantour), plus humides mais plus minéraux, avec une biodiversité faible due à la fois à l'omniprésence de la roche et à l'altitude.
• les massifs calcaires, qui occupent la plus grande partie. Comme toutes les zones de ce type, les massifs sont secs et de faible biodiversité.
• à l'est principalement, une partie schisteuse, aux reliefs plus accueillants et aux sols plus épais, aux innombrables ruisseaux. Il s'agit typiquement de l'est du Queyras et de la vallée de la Clarée. La richesse des sols assure une biodiversité importante, renforcée dans le passé par la présence de l'homme.
• les plaines, en général peu alluviales, aux sédiments grossiers et peu fertiles, sans intérêt particulier du point de vue de la biodiversité (sauf quelques zones humides), d'autant plus que la pression humaine y est assez forte.

Les seuls facteurs de biodiversité sur lesquels on peut réellement agir sont les pratiques agricoles, pastorales et forestières. Or justement, elles sont déterminantes. Clic/agrandir

La dernière raison, plus variable localement, est liée aux activité humaines. Contrairement à bien des idées reçues, l'impact de l'homme lorsqu'il reste modéré se traduit par une biodiversité accrue : ouverture des forêts transformées en parcelles agricoles avec effet de lisière, cultures qui apportent leur lot d'adventices et de nourriture pour la faune, prairies de fauche à l'écosystème spécifique reposant sur cette fauche, pâturages qu ouvrent et engraissent les milieux, exploitation forestière qui crée des clairières. Bref, globalement l'homme en harmonie avec la nature accroît la diversité des milieux et donc la biodiversité. Seul point noir même dans des temps plus anciens, les zones humides presque toujours menacées.

Tout serait idyllique si tout n'avait changé : les parcelles ont laissé place à des champs sans haies devenues aujourd'hui de mauvaises friches, les coupes forestières sont de grande ampleur anéantissant la forêt profonde, les prairies de fauche abandonnées se transforment en landes, la pression de pâturage conduit au surpâturage et la pression de chasse a raison des restes de faune. Noir tableau, tableau réaliste. Il n'est que de passer la frontière pour voir ce que donne au niveau floristique une présence de l'homme sur un mode traditionnel et au niveau faunistique une pression de chasse plus faible.

On le voit, il y aurait fort à faire. Comme on ne peut agir ni sur le climat ni sur la géologie, reste à agir sur l'impact humain. Des parcs ont été créés : nationaux, avec les Écrins et le Mercantour, censés principalement protéger les zones d'altitude de l'emprise sauvage du foncier (stations de ski entre autres) ; régionaux, le Haut-Verdon et le Queyras, à quoi s'ajoute le classement de la vallée de la Clarée et de multiples zones Natura 2000. Il existe en outre un projet transfrontalier de réserve de biosphère, à l'est du Queyras. En outre, les zones périphériques des Parcs auraient permis d'agir de manière intelligente et efficace, malheureusement elles sont restées dans un état de quasi abandon de ce point de vue.

Le Queyras a conservé une agriculture de montagne qui explique pour une part la biodiversité végétale qu'on y trouve. Clic/agrandir

Il n'est pas besoin de très bien connaître la région pour constater qu'il n'y a pas de différence notable entre les zones protégées et celles qui ne le sont pas, du point de vue faune et flore. La vraie réussite des parcs est au niveau foncier, réussite essentielle car le foncier, c'est définitif. Mais l'impact humain n'ayant pas vraiment été traité, les Alpes du Sud restent un désert… agréable pour marcher sans bruit ni foule, mais désert (relatif) également au niveau faune et flore.

Bien sûr, il ne s'agit pas de noircir le tableau, et de nombreux sites raviront les amateurs de faune et flore. Malgré la biodiversité loin d'être exceptionnelle, il y a un nombre important d'endémiques (pas grand-chose quand même si on compare aux Pyrénées). On n'oubliera pas non plus que le Queyras est un des lieux les plus intéressants pour la flore : à cause de l'influence climatique italienne, et grâce à un dynamisme agricole local de longue date, entretenu aujourd'hui par le parc régional.

Note : sur ce blog Provence je présenterai pour les Alpes du Sud des sujets généraux. Pour une vision plus locale, consulter mes blogs Queyras et Ubaye.

Merci pour vos commentaires

> ACCUEIL


Balcons du Mercantour, une folie ?


Nuages sur la nature en Mercantour… Clic/agrandir

Cette fin d'été, des chenillettes ont été montées par hélicoptère en plein cœur du Parc national du Mercantour, à Rabuons. Les premiers observateurs sur place ont découvert que l'engin servait à tracer un sentier de deux mètres de large. Trop de roche et la chenillette ne passe pas ? Pas grave, quelques explosifs feront l'affaire. À d'autres endroits, ce fut le trafic incessant des hélicoptères pour restaurer des refuges.

C'est alors que tout le monde a découvert l'impensable : un projet de chemin de randonnée accessible aux familles, avec hébergements de qualité, serait tracé entre le Camp des Fourches (au nord, sous le col de la Bonette) et le col de Turini (à 40 km de Nice). Le tracé irait au plus court, sans tenir compte d'un tracé existant qui passe par l'Italie et ne nécessite pas de construction de nouveaux refuges. Car, pour ce tracé ex nihilo, et afin de garantir des étapes courtes (400 m de dénivellé par jour), 4 à 6 nouveaux refuges sont nécessaires.

En lui-même, le projet pourrait être intéressant s'il se déroulait dans le respect et la concertation, et de manière intelligente. Pour l'instant, on en est loin.

Un tel projet soulève des tonnes de questions. Quid des autorisations ? Il semble ne pas y en avoir trace. A-t-il fallu la nomination à l'étranger du précédent directeur du Parc (en juillet) ? Pourquoi un nouveau tracé ? Comment est-il possible de faire des travaux dans un Parc national sans étude d'impact ? Quel est le danger pour la faune et la flore, et aussi les sols ? Améliorer le confort des refuges, d'accord, mais jusqu'où et pour faire venir quel type de public ? Quelles seront les réelles retombées économiques à terme et, comme elles semblent devoir être faibles, question corollaire : quelles sont les véritables intentions du Conseil général, en la personne de Christian Estrosi, ami de Nicolas Sarkozy, et apparemment comme lui adepte du passage en force ? Enfin, y a-t-il un rapport avec la candidature de Nice aux jeux olympiques, avec à la clé une volonté de transformer la région en Luna Park ?

La mobilisation n'a pas tardé à venir : émoi sur les forums, forum spécialisé, pétition (3000 signatures début octobre), manifestation à Rabuons (une centaine de personnes, mais fin septembre et 1300 m de dénivellé). Lentement et mollement, divers acteurs de la montagne se sont prononcés contre le projet, y compris des associations plus ou moins intéressées comme le CAF. Devant la levée de boucliers, Monsieur Estrosi a accepté le principe d'une négociation de six mois.

Victoire ? Bof… Les travaux se sont arrêtés non à cause de la mobilisation mais de la neige. Les 6 mois prévus correspondent de toute façon à la trêve hivernale (on est à 2500 m d'altitude). Le président de la commission n'est autre que Monsieur Franco, maire de Saint Martin Vésubie, fervent partisan du projet… Cette commission ne se réunira qu'une fois par mois !

Il est peu probable que cette commission, centrée sur le projet, dévoile ses éventuels à-côté. Pourtant, lorsqu'on connaît la montagne et les lieux, on est dubitatif sur l'intérêt du projet brut. 12 jours de montagne, c'est long, nul doute que divers accès plus courts seront proposés, des bruits de construction de téléphérique ne sont pas rassurants. Le projet est supposé être l'égal du Tour du Mont-Blanc, ce qui pose donc question quant à la surfréquentation de lieux actuellement quasi déserts. Les refuges de 50 places suffiront-ils ? Et s'ils offrent des chambres, on imagine la taille du bâtiment !

En attendant, des dégâts ont déjà été constatés malgré le peu d'ampleur des travaux préparatoires comparé au tracé total. Outre la destruction de 4 espèces végétales protégées (Saxifraga florulenta, Joubarbe d’alionii, Primula marginata, Cardamine asarifolia), un garde du Parc estime que c’est un massacre : talus de plus d’un mètre qui vont tomber aux prochaines intempéries, aucun revers d’eau sur les zones de pente, murs de soutènement fragiles, profil de sentier à fortes inclinaisons. Autrement dit, le ravinement assuré parachèvera l'œuvre de destruction des espèces rares et endémiques.

Les procès-verbaux établis par les gardes du Parc et l'ONF ont été transmis à la justice.

Merci pour vos commentaires

Lire aussi mon article plus général (photos des travaux) :
> Balcons du Mercantour : à quoi sert un Parc National ?

> Pétition à signer

> Galerie Balcons du Mercantour (36 photos)

> ACCUEIL