La biodiversité dépend beaucoup de l'hygrométrie. Les zones proches de l'Italie sont de ce point de vue privilégiées. Même par grand beau temps comme ici, la nebbia recouvre l'Italie et peut déborder sur le Queyras. Viso depuis le col Agnel. Clic/agrandir
La région Provence Alpes Côte d'Azur, ce sont également les Alpes du sud. Un sacré territoire si l'on y songe, immense et très typé. Les Alpes du sud sont appréciées à juste titre pour leur côté sauvage et peu aménagé, surtout en comparaison avec les Alpes du Nord. Ici, peu de stations, peu de refuges et presque pas de buvettes d'altitude. Même les villages sont plus petits et plus disséminés.
La nature est-elle préservée pour autant ? Hélas non, si on se place du point de vue de la biodiversité (sauf près de l'Italie). Les étendues peu habitées ne suffisent pas à faire un territoire riche. Bien d'autres facteurs entrent en jeu. Il suffit de passer la frontière pour découvrir que la faune et la flore en Italie, c'est vraiment autre chose. Quelles en sont les raisons ?
La raison la plus globale est climatique : les Alpes du Sud sont dans l'ensemble sèches, même si c'est nettement moins vrai pour une partie des Écrins, pour le Mercantour et… pour les régions frontalières. En Italie, la nebbia, ce brouillard dense qui monte presque tous les après-midis, assure une humidité importante et fréquente. C'est ce qui explique la luxuriance de la végétation, luxuriance qu'on retrouve presque partout en Italie (contrairement aux idées reçues ce pays est plutôt humide dans l'ensemble).
Une bonne part des Alpes du Sud est sèche, voire très sèche quand climat et géologie se conjuguent. Lac de Chillol, Ubaye. Clic/agrandir
Une autre raison qui concerne de grandes étendues est géologique. Pour simplifier, on reconnaît dans les Alpes du Sud quatre types géologiques :
• les massifs cristallins (Écrins et Mercantour), plus humides mais plus minéraux, avec une biodiversité faible due à la fois à l'omniprésence de la roche et à l'altitude.
• les massifs calcaires, qui occupent la plus grande partie. Comme toutes les zones de ce type, les massifs sont secs et de faible biodiversité.
• à l'est principalement, une partie schisteuse, aux reliefs plus accueillants et aux sols plus épais, aux innombrables ruisseaux. Il s'agit typiquement de l'est du Queyras et de la vallée de la Clarée. La richesse des sols assure une biodiversité importante, renforcée dans le passé par la présence de l'homme.
• les plaines, en général peu alluviales, aux sédiments grossiers et peu fertiles, sans intérêt particulier du point de vue de la biodiversité (sauf quelques zones humides), d'autant plus que la pression humaine y est assez forte.

Les seuls facteurs de biodiversité sur lesquels on peut réellement agir sont les pratiques agricoles, pastorales et forestières. Or justement, elles sont déterminantes. Clic/agrandir
La dernière raison, plus variable localement, est liée aux activité humaines. Contrairement à bien des idées reçues, l'impact de l'homme lorsqu'il reste modéré se traduit par une biodiversité accrue : ouverture des forêts transformées en parcelles agricoles avec effet de lisière, cultures qui apportent leur lot d'adventices et de nourriture pour la faune, prairies de fauche à l'écosystème spécifique reposant sur cette fauche, pâturages qu ouvrent et engraissent les milieux, exploitation forestière qui crée des clairières. Bref, globalement l'homme en harmonie avec la nature accroît la diversité des milieux et donc la biodiversité. Seul point noir même dans des temps plus anciens, les zones humides presque toujours menacées.
Tout serait idyllique si tout n'avait changé : les parcelles ont laissé place à des champs sans haies devenues aujourd'hui de mauvaises friches, les coupes forestières sont de grande ampleur anéantissant la forêt profonde, les prairies de fauche abandonnées se transforment en landes, la pression de pâturage conduit au surpâturage et la pression de chasse a raison des restes de faune. Noir tableau, tableau réaliste. Il n'est que de passer la frontière pour voir ce que donne au niveau floristique une présence de l'homme sur un mode traditionnel et au niveau faunistique une pression de chasse plus faible.
On le voit, il y aurait fort à faire. Comme on ne peut agir ni sur le climat ni sur la géologie, reste à agir sur l'impact humain. Des parcs ont été créés : nationaux, avec les Écrins et le Mercantour, censés principalement protéger les zones d'altitude de l'emprise sauvage du foncier (stations de ski entre autres) ; régionaux, le Haut-Verdon et le Queyras, à quoi s'ajoute le classement de la vallée de la Clarée et de multiples zones Natura 2000. Il existe en outre un projet transfrontalier de réserve de biosphère, à l'est du Queyras. En outre, les zones périphériques des Parcs auraient permis d'agir de manière intelligente et efficace, malheureusement elles sont restées dans un état de quasi abandon de ce point de vue.

Le Queyras a conservé une agriculture de montagne qui explique pour une part la biodiversité végétale qu'on y trouve. Clic/agrandir
Il n'est pas besoin de très bien connaître la région pour constater qu'il n'y a pas de différence notable entre les zones protégées et celles qui ne le sont pas, du point de vue faune et flore. La vraie réussite des parcs est au niveau foncier, réussite essentielle car le foncier, c'est définitif. Mais l'impact humain n'ayant pas vraiment été traité, les Alpes du Sud restent un désert… agréable pour marcher sans bruit ni foule, mais désert (relatif) également au niveau faune et flore.
Bien sûr, il ne s'agit pas de noircir le tableau, et de nombreux sites raviront les amateurs de faune et flore. Malgré la biodiversité loin d'être exceptionnelle, il y a un nombre important d'endémiques (pas grand-chose quand même si on compare aux Pyrénées). On n'oubliera pas non plus que le Queyras est un des lieux les plus intéressants pour la flore : à cause de l'influence climatique italienne, et grâce à un dynamisme agricole local de longue date, entretenu aujourd'hui par le parc régional.
Note : sur ce blog Provence je présenterai pour les Alpes du Sud des sujets généraux. Pour une vision plus locale, consulter mes blogs Queyras et Ubaye.
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